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Chronique d’un parrainage annoncé...

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« La mort fait de la vie une chose fragile, apparue par miracle pour un bref instant et, du coup, elle lui donne une saveur sans égale »            (Armel Job, « La mort pour marraine ».)

Samedi 11 février, à la salle Le Cosmos à Sterpigny, un met de choix nous a été proposé par le service culturel – une création du Centre de Lecture Théâtrale de la Province de Luxembourg. Nous nous sommes régalés de la représentation théâtrale « La mort pour marraine », d’après la pièce homonyme d’Armel Job, une pièce inspirée du conte « Der Gevatter Tod » des Frères Grimm.
La forme artistique revêtue, celle de la lecture-interprétation appropriée à la vision de la mort défendue par Armel Job, a déployé toute sa fraicheur fugace sous les yeux d’un public tout ouïe.
L’expression allègre d’un art consommé donne corps à la réflexion jovienne sur la finitude existentielle, cela même qui donne du sens à la vie. Le temps d’un battement d’ailes de papillon avant d’emporter l’émotion suscitée. Un instant pourtant suffisant pour ouvrir l’appétit de la pensée.
Mise en scène minimaliste, parfaitement adaptée au budget dégringolant alloué à la culture. Cadre réalisé avec les moyens du bord : salle de fêtes, quelques chaises, décor concocté dans l’imagination des convives. Le personnage central de la mort ne joue pas le spectre décharné exhalant l’enfer d’une cruelle fatalité, mais l’élégance discrète d’une jeune femme vêtue en blanc et parée d’un collier à trois perles, trois gouttes d’éternité. L’instance narratoriale esquisse des repères : une chaumière, un appartement sobrement meublé, un lit médical pivotant, même une gourde à gnôle du cru de notre fantaisie.

Le spectacle a suivi sa destinée d’étoile filante sur fond cosmique drapé de noir, tout comme le héros d’Armel Job, Athanase. Ce prénom d’origine grecque, qui a parfois été attribué à des enfants trouvés, signifie « immortel », « sans mort ». Dans la pièce d’Armel Job, la promesse de délivrance ne concerne pas la mort rangée dans la caisse « tourment suprême du vivant » et bouc émissaire de tous les maux, mais l’angoisse de la mort, hantise qui pourrit la vie aux mortels avant même d’atteindre l’âge de la raison.
Devant le spectacle offert par la lecture interprétation de la pièce d’Armel Job, savourant le jeu désinvolte des acteurs, je ne peux pas m’empêcher de penser à une phrase d’Arto Paasilinna : « Si le plus grave dans la vie c’était bien la mort, ce n’est quand même pas si grave. »
Armel Job ne moralise pas, il utilise le pouvoir ensorceleur du conte pour véhiculer une parole apaisante, pour un « plus de vérité » à la portée de tous.
Des pistes pour apprendre à vivre sa mort (comme dirait Gabriel Ringlet), vivre avec la mort, apprivoiser ses croyances mortifères. L’écrivain revisite le conte des Frères Grimm pour questionner la sensibilité postmoderne sur une société fluide qui (re) jette du sens comme ce serait du lest dans sa course effrénée, contre nature et contre vérité.

Les alternatives de responsabilité spirituelle du dernier né de trop sont condensées en trois chemins essentiels : la tentation du « Prince des Ténèbres » qui prône la « globalisation de la lucidité », en échange des illusions humaines, la liberté engagée pour un Dieu fragile qui se tient dans les coulisses, en manque « d’affamés de justice » et la « morale inflexible » de la mort, la sage probité de l’ultime consolatrice incomprise. Mais ni la lucidité du pouvoir ni le courage prophétique des combattants au nom de quatre vérités ne sauraient apporter des solutions miracles et des voies prêtes à emprunter. Il n’y a que la sereine connaissance de la mort qui pourrait apporter l’apaisement tant désiré, le bonheur d’être absolument libre de la peur du trépas.
Et si le fin mot de l’histoire, comme Athanase le souhaite, c’était l’amour, l’amour plus fort que la mort ? L’amour à la vie, à la mort, l’amour de la vie dans la mort, l’amour de la mort dans la vie ? Une juste place faite à celle qui n’a pas « réponse à tout, comme les désespérés le pensent ». Mais qui ne fait pas tabula rasa, d’un coup de faux magistral, de « la vie qui a été vécue ». Qui n’a pas le pouvoir d’envoyer aux oubliettes, « au néant ce qui a existé ». Qui ne fait pas fi du passé, mais confie son unique éclat à la fragilité humaine, dernière caresse qui éteint toute souffrance, qui permet à la confiance de reposer « sur Autre Chose ». La douceur inespérée du vide plein, du néant qui n’est pas rien, l’éternité du temps figé qui ne craint guère « l’ennui mortel »…

Éva RADULESCU

 1) Alain Joubert, Une goutte d’éternité
 2) Petits suicides entre amis